Ivan artiste peintre sculpteur

 

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Sexe

Trêvearchives053 de l'oubli des sens au milieu du champ de ruines de cette nuit, le sexe lié à la bouche donne l'impression de vomir sans regret les images de son passé. Devenu pantin mécanique je ne sais rien de la force du coeur mais des vagues d'encres continuent de recouvrir mon cerveau liquide, le temps s'écoule hors de ma bouche comme de la salive, les algues de la nuit laissent pousser leurs racines dans mes os de charbon. Ce que j'ignore du rectum fleurit dans la cendre du souvenir vissé au phallus, le sens inverse de cette congestion donne de l'élan à mon geste, et cette voix nocturne s'agite comme une anguille coupée en deux sur l'asphalte des sens, là où les déchets de mon passé viennent orner cette toile claustrophobe et où la silhouette peinte éclate en morceaux de lumière disséminés.

 

 

 


******


La route

archives056la route qui menait au petit cimetière
le soleil était bas
et l'ombre des oeillères
ce qui reste à plat
du corps sorti du cercueil
les mains sur les deux yeux
on reste sur le seuil
le vol des corbeaux
la nuit vient doucement
l'arbre penche mollement
le temps les bras en croix
il n'y a plus rien maintenant
et caché dans l'ornière
se tient le visage que l'on ne voit pas
le mort édenté
le manchot sans ses mains
qui traînent dans la poussière
ne sait rien de demain
le soleil aplati
et l'ombre qui s'étire
le long du corps sans vie

********

Paysage


IM000842Au coin du carrefour
un homme maigre est là
et le ciel est trop bas
mais il fait encore jour
pas à pas
j'avance à reculons
vers le trou où traîne mon ombre
un cadavre les bras en croix
se signe au passage
d'hommes fous ou bien malades
son pas se perd
le ciel se déchire
en deux comme un habit
et déverse ses entrailles
là où jadis
traînait le cimetière
à côté de chez moi
dans l'ornière
où s'attarde mon pas

******

Les doigts troués

Des morceaux de la nuit étalés sur la terre
et mon corps désossé qui traîne dans le noir
la poussière qui s'accumule entre mes dents et sous mes ongles
le fruit pendu à l'arbre
le pendu qui ne tient plus que sur une jambe
c'est lui
je ne l'avais pas reconnu
alors que le jour avance et que la nuit recule
l'aube en transparence
laisse entrevoir le monde
se couchent les somnambules
qui rêvent à voix haute
étendus sur le sol
le soleil ouvre ma bouche
entre
il se glisse sous mon ombre
et je pleure
des larmes
en formes de doigts troués.archives018

******

L'Amphore

image_scann_e_8Cercueil de l'ombre claire ne recueille de sol
qui targue mais s'en ira en un clair solstice
être qui ne devient ni glabre ni même fol
auvent lesté de plomb quand circulaire glisse
en cette fosse qui tangue de l'ossuaire nu
l'objectif saisissant le squelette qui gît
imperceptiblement comme ému
ne l'entend-t-on pas ici-bas qui gémit
dans sa désinvolture
cadavre ou bien momie
qui perdure...



**********



La Muraille

dessin_13Vienne nuit de silence au sépulcre du coude
là le seuil qui avance nous ramène à nous-mêmes
la gorge que serre le noeud étreint la tempe et se recroqueville
en vagues qui blessent le fond où gisent mes épaves.
Tu sais la probité du crime qui rachète le sens
laissé par le mort à ses fils,
ton silence ment à cette bête affamée qui te ressemble,
et le cri qui s'ensuit n'inspire plus qu'à fuir.
Fuir comme un fou au-delà de l'horizon muré,
là où pierre et créneaux forment une muraille de nuages,
dessinée par l'implacable certitude de mourir
avant même d'avoir vécu.




**********



Le chien

Dessin_4Sanglante de morte vide ce qui conduit au lit
blesse ma solitude de feu à l'intérieur du jet
pensée du bras tranché regorge de lui-même le tance
ou bien vacille d'oubli dans son sépulcre.
Le morceau donné à l'arc se replit et devient
issu de corps boiteux la solitude du cri,
la laisse qui retient le chien l'étrangle lentement
jusqu'à ce que vienne le mors qui rompt sa gueule
mais déglutit ses pensées sauvages lestées de plomb.




**********



Nuit marine


Cicatrice invisible du néant
mon corps est balloté et la nuit s'amollit,
et ce sommeil qui rend l'être fragile
alors qu'il se noie dans ses rêves...
Hémorragie de la tête coupée et transplantée sur un autre,
celui qui git au fond de lui-même est dissout
par la chaleur de sa propre souffrance.
Les mots appellent les mots, les râles des mourants
s'effondrent sur eux-mêmes.
N'être rien, que le silence ému IM000836des épaves dans la mer,
et voir à la surface flotter le pâle reflet d'un soleil infernal.



********


Sommeil

Les traces de pas s'effacent,
une ombre glisse sous mon bras
et l'articulation du drap
laisse retomber mon corps
de tout son poids
sans bruit
tout le long de la paroi lisse de la nuit
quand le ciel est trop noir
et que je dors
et que ne sais si je suis
ou bien vivant ou mort.

**************


La peinture



Rêve qui n'agite que la nuit
remet le soleil de travers
ce que cette ombre qui s'amenuit
laisse de mon corps l'envers
dressé derrière le décor
où se soutiennent ces cadavres
ce qui demeure de mon corps
n'est plus un hâvre.
Charognes charriées par le futur
le pont jeté entre ces rives
las des rêves perdure
où bien dérive.
Une fois dressée la statue
je ne me lasse de l'adorer
quand celui qui git s'est tu
sans s'éroder;
recroquevillé dans le noir
il reste dur
de cette apreté des miroirs
si lisses et purs
comme la pureté du désespoir
dans une peinture.

IM000740








*********



La moire


Le mur agrippe les ruine en ces décombres que dérange
un oiseau aux ailes brisées, serait-ce une mésange
ou bien une hydre ? Je m'éloigne dans les sous-bois
tandis que le faune ivre boit

cette liqueur qui le rend fou,
un nuage passe et le temps s'arrête
se coince dans sa gorge une arête
et son corps s'enfonce dans la boue.

La fleur dont la tige se courbe
se penche ainsi sur le miroir
aux reflets déformants et fourbes,

et le ciel de bleu qui se fissure
laisse apparaître la blessure
dont scintille nuitamment la moire.


*******


La anse


Attaché au silence ce seuil qu'emprunte
le sentier laisse sur le sol cette empreinte
de folie qui ne vaut que pour l'homme chatré
et la femme qui demeure en elle-même prostrée.

Une fois le lien tissé demeurent des angles morts,
tandis que me taraude l'obscur décor
un foyer voyageur nomadise ces landes
tandis que ton pas trace bien d'obscures guirlandes;

le recul m'abandonne, mort et désossé,
n'étant que chair rouge, bout de viande ou bien coeur
essuyé de planètes aux hémisphères vissés;

ce qui te retiendra de hanter cette demeure
c'est ce qui reste de la blessure que l'on a reprisée,
ta main qui tient encore la anse du vase brisé.


*******


Les charniers


Errance qui ne laisse de trace
sur l'arpent de terre labouré
émonde la peau qui saigne
de l'autre côté du miroir.
Le sang qui sort de l'oeil
couvre le corps qui décrépi
rameute nos chiens errants
en meutes insoupçonnées.
Le silex d'où jaillit le feu
donne l'étincelle qui fait brûler
cette aube où ma chair fond
sur les bûchers de l'au-delà.
Là où l'image désossée
dénonce des crimes qu'oublie
le spectateur décapité
dont le crâne fixe le vide.
Sur les charniers qui s'atrophient
les montres tournent à l'envers
et le silence en nous dispense
les moignons de nos corps cramés.
Ainsi mon cerveau se peint
de ces plaies dont se recouvrent
les cadavres de ceux qui surentIM000687
que l'enfer était proche.











*******



Delirium




La semence aride du feu et la mort glaciale.
Le tronc coupé qui ne signifie que la blessure.
L'ombre du sang qui plane au dos du ciel se fracasse.
La terre boit mon sang.
La citadelle du désastre habite les contrées de l'oubli,
cette demeure sans porte ni fenêtre
c'est la prison où tu es enfermé
seul miroir solide qui attrape ton reflet,
tu te dissous dans la chair même de ta blessure
là où la lame du couteau a laissé son empreinte,
comme la signature de ta folie
ce que la plaie à vif nomme de désespoir;
le seul délire qui s'éprouve sans possible retour en arrière.
Sur ce lac dur comme du fer,
tu t'aventures, seul à seul,
isolé en toi-même par un mur vivant,
la chair de la pierre y remue comme ton corps même,
ton ombre cherche ton pas pour ne pas perdre ta trace,
sur ce chemin qui se déhanche
tout ondule et chavire;
dans ce rêve décousu, qui est sale, qui claque, et qui cingle;
mais ne donne rien à aimer.


********


La main



Chemin qui ne mène nulle part...là le visage se défigure....le miroir brisé renvoie le reflet où ne se trouvent que mes blessures.
Corps accroché au porte-manteau, ce qui reste écorché de la carcasse du corps détruit.
J'attends ta main qui se délie, le ciel reflète ma propre chute, au fond du puits où mon image gît à l'envers.
L'oeil perçoit l'indifférence de l'oeil qui voit sa propre cible, la fenêtre ouvre un double-fond où la momie parle tout bas.
Mots perçus plus que dits, le chuchotement d'un coeur qui bat scande le vide perçé de trous, la peau qui s'ouvre sur le ciel clair rameute une mer uniforme.
Le vent a ouvert nos volets, notre visage se tend comme une flêche tirée vers son centre, chaque trait se déforme vers la gravité de l'oubli. Cette attraction me tyrannise, le seuil élève sa propre porte, ton bras caresse ma poitrine, morceau de terre sème le feu.
De la statue sortie du sol nous ne trouverons que les débris.
L'enjeu d'être sans mourir, puis s'évanouir en soi-même et devenir désincarné.
Un lent réveil qui se conjugue au corps figé dans le métal;
après avoir été une fois;
serti de soi
le doigt coupé.


*******


Le silence



L'appareil sanglant de la destruction ne laisse que des moignons de corps en moi, et ils se réunissent pour former un autre corps brisé et recousu qui avance à tâtons dans le noir de l'obscurité du cerveau rétréci d'une tête réduite et enduite de terre glaise.
Statue brisée en deux dont le corps ne tient relié à la tête que par une veine, un fil de fer sanglant qui entre dans le poumon et en aspire tout l'air.
Le tableau ne représente plus rien d'autre que le regard aveugle de celui qui cherche à s'enfuir mais au fur et à mesure qu'il court l'horizon s'élève comme un mur devant lui et l'empêche d'avancer.
Nous sommes les enfants du néant.
Les enfants morts-nés de la mort.
Célèbre le ciel réifié de ta folie.
Ce qui mord dans ta joue est ta propre gueule.
La dent du loup tombée,
le sexe inversé s'enfonce comme une lame et te tue.
Tu n'es rien, rien, rien,
et seul ton silence te soutient.


*****


Hardes


Rien, silence de l'âge et de l'os de l'homme pris dans la gueule du chien.
Le cerveau voit par les yeux à l'envers mais aveugles qui savent tout.
Simultanément muet je cherche un dialogue de l'éponge et du sel,
en parcourant le chemin qui ramène le fleuve à sa source,
d'étranges géants qui arpentent des routes sans fin,
ce silence sans parole qui fait écho de sa sueur,
versée aux larmes du sang qui gicle hors de la plaie,
cette blessure elle est sur ton visage une bouche,
ainsi l'ombre projetée sur le sol ne laisse pas de trace
autre que celle du loup errant et qui revient
chaque nuit nous hanter,
ses yeux brillent comme des pépites,
son poil est noir comme la suie,
et il répète sans cesse
je suis mort, je suis mort de faim,
j'engloutis le ciel d'une seule bouchée,
j'enfante les totems de la ville aux maisons sans toits,
j'éventre les astres qui déversent un horizon de brasiers
où flamboient les yeux éteints des foetus,
et les clameurs des enfants morts-nés montent chaque nuit
jusqu'à vos oreilles et vous empêchent de dormir,
chacune de vos oreilles est donnée à une langue,
chacune de vos paupières est donnée à un cerveau
qu'elle recouvre comme pour en cacher les viscères.




*******



Les chaînes



Espace vide disloqué
ne se reforme que pour me nier
les contours qui m'ont formés.

Ce qui conlut sans exaucer
le triste corps qui désuni
résume mes extrémités.

Pointe du jour où il faut bien
crier son nom pour n'en avoir
qu'un écho défiguré.

Là où mon pas ne me ramène
qu'au seuil où tu m'as laissé,
IM000680
je demeure enchaîné.




*********





Gravité

Lien de l'ombre et du silence
où se désagrège mon corps,
le sol devient eau et se fend
de ce qu'un vide laisse de peau.

Echo du cri qui se concasse,
je brise en deux le masque fermé,
et de sa coquille sort le cercle
qui ferme la boucle de l'horizon.

Aube bleue de ma folie
à qui IM000681concède cet ailleurs
donne sa chute au lien terrestre
et sa gravité à mon coeur.








******


Icare

Extrémité de mes deux bras
tendus ensemble comme une croix
ce que suit l'ombre pas à pas
donne au vertige sa chute.

Toile déchirée coupée en deux
le corps s'envole et se défait,
mes membres tombent sur le sol
là où se forme mon cauchemar.

Le vent ramasse la poussière
de mes ossements laissés par terre
et ce que monDSC00179 regard déchire
de l'ombre ne laisse voir que l'envers.









******






Camille (enfin adieu)



Seul rideau de ciel au coeur d'espace nul:
cette ceinture qui retient l'ombre quand elle recule
vers le jour qui se creuse de l'intérieur le vide
immense laisse en moi un cristal solide.

Pour ce que tu demandes du baiser ne retient
cette splendide bouture de vol qui aérien
n'en reste pas moins clouée au sol par cette main
les doigts qui manigancent ton deuil, enfin....

Je ne sais comment dire cette tristesse qui ceint
l'arc qui n'en décoche le somptueux refrain
de ta voix où se dessine ainsi une encolure,

c'est celle là qui, tirée de mes mésaventures
ricoche sur ce lac resté clos et liquide,
et qui pourtant retient mes larmes, ou bien, viride,IM000670

les reflète.










********


Camille

Corps cloué à ce rivage
ne laisse de l'ombre que le geste
ce que ta silhouette retient
sous ce soleil né de l'abîme.
Je te rencontre au fond du gouffre
issu de moi et qui m'enferme
et dans le ventre de la nuit
j'essuie d'un geste tout IM000666tes traits.
La page où s'offre ton profil
dispense ainsi les seuls repères
que je connaisse à l'oubli.






***********


Terre fictive le sang versé reflue à mes veines et me remplit comme une outre, la bouche éructe par l’orifice ouvert dans mon oeil ceint du ventre qui se pense au coeur du néant de cette vie trop fragile.
Yeux cernés qui ne voient rien et qui aveugles regardent leur propre monde clos dans l’autre sanctuaire sans tache de ta naissance impropre.
Il ne reste rien de facile de l’oubli ni du devenir cruel, à l’instar de l’enfant mort-né qui se sait vieux avant même d’avoir commencé à naître tu cries, mais ton hurlment étouffé ne peut sortir de ta bouche que sous la forme d’une musique extrudée hors du cercle ouvert de tes bras et de tes mains osseuses.
Ainsi à peine toi même tu peines à être et à naître et tu meurs et tu deviens ce rien que j’ai tant voulu et qui me ramène à ma propre infirmité sanglante mais sans faille.


*****


terre
abandonnée à l’exil intérieur
et qui ploie
sous le poids de l’ombre
qui penche
ce que la main de l’ombre
et reprend
le rêve qui habite la demeure
en plein jour
ou qui la hante
le silence sous la langue
fond dans la bouche
et devient
salive
mots éructés plus que dits
appel du vide dans un cerveau
de papier.




****



L'écho (à Camille)




Extremités des deux regards,
ce qui ne tient que du désir
quand ce qui donne d'une main
reprend le vide par ce qui sied.
Ce que cette ombre ne calcule plus
arrache l'oeil au regard,
la vitre où se brise l'image
de ce reflet qui réfracté
redonne les couleurs du silence
à cet oubli que se pavannne
en habits noctambules,
ou àDSC00170 ton nom qui se déclame
dans une bulle.








*******


le diagramme
sous tend
ce sosie que j’ai toujours voulu être
la fenêtre se fait miroir
s’ouvre et se ferme
sur le reflet qui se défend
le masque que j’ai voulu prendre
vient de s’ouvrir en deux
j’y aperçois
indélébile
la trace de mon image déformée.








****



Souvenir de Julia



Un éclair a lui
sous la porte
où fuit
la perspective d'un regard
qui efface
ce qui reste de toi
reflet qui inefficace
ne peut défaire les entraves
que les minutes quand elles passent
posent sur mes souvenirs
tandis que peu à peu
les heures qu'agrandissent les jours
laissent filtrer des lueurs
qui pleurent toujours.


****


Souvenir de Julia (suite)



A cheval entre la nuit et l'ombre
un tableau posé dans un coin
tu souris
le soleil couche sur la vitre
son rayon
un bruit au loin
le marteau tape
ou serait-ce un pas qui s'en va?
entre le livre posé à plat
et la chaise avancée
je peins
ce que le souvenir ému
ratisse de ton visage
dans mon cerveau.






Julia encore et encore




Le lien rompu
mon coeur attaché à une corde
le silence de métal
la porte refermée
il y a des noms qui trottent dans ma tête
des gestes inutiles
les apparences du désastre
et le coeur si stérile
les os de l'ombre blanche
la toile tendue des veines
où se prend ma pensée
papillon aux ailes blanches
oeil de la rosée.


****



Ce masque sur ton visage
la ligne où court l'orage
le silence à tout bout de chant
déverse son tapage
ce que j'ai cru être le vide
le front où s'amassent tes rides
un oeil posé au creux d'un verre
cligne et te regarde
boire ces mots qui sonnent creux
au coeur du monde où hagarde
tu restes coupée en deux.



***


Un seul éclat de rire
la persienne s'est ouverte
et ce manteau de cire
fond à la chaleur
les bruits des voitures
et les mains qui tapent
les pas résonnent et tes mains
battent la mesure
quand tu danses.
Ainsi l' arlequin
ivre
lentement balance
sa tête pleine de livres
qui ne disent que la médisance
et te délivrent.


****


MORT


Je reste sans parler et mon corps n'a pas d'âge,
dans ma tête désossée tourbillonnent mes rêves,
ils brillent comme des lucioles prisent dans une cage
et meurent tour à tour, car leurs vies sont bien brèves.

J'hurle insatisfait et me blesse de rage,
j'entends sous mes semelles des cadavres qui crèvent
chaque morceau de leur peau est semblable à cette page
que tourne un vieil aveugle qui chantonne sans trêve.

Je donne ce que je peux, puis je reprends mes mains;
voir l'horizon, couché, me rappelle son corps
pourri, dont tout le sang sortirait par le sein

pour peindre ce paysage morbide avec de l'or.
Marcher est une folie, la route ne mène à rien,
dans ce désert sans vie où tout désir est vain.



********

Le rêve éveillé

à Camille

Ta silhouette chassée se cache sous l'auvent,
tresse sa démesure à celle de l'empan
ce qui reste bizarre irrite l'ombre du vent
écrin dont le corsage défait ne se repent.

Perles de ces yeux verts qui égrainent ta peau
sont tels ces coquillages dont le soleil se couvre,
tandis que seul l'oubli laisse fermés ces tombeaux
dont comme de carapaces les morts se recouvrent.

L'or de ces mots donnés ne rachète ni ne feint
l'écho d'anciennes aubades quand le soleil te ceint;
l'élixir, qui trop bu, donne une ivresse molle

accroche à ta joue une caresse folle
ou bien laisse planer sur ces iris verts
ce que tu ne saurait comprendre de ces vers.


******


Les yeux verts

Je dors les yeux ouverts et mon crâne sonne creux,
je cherche dans mon lit des débris de mon corps,
et ce cerveau de plâtre me parait déjà vieux,
et ces bras de silex sont à mes côtés morts.

Je vois dans la nuit noire le saignement d'un feu,
et au plafond scintillent mille étoiles d'or,
au fond de ce miroir je sens brûler tes yeux,
et ce qui veille en moi en toi doucement dort.

Cet anneau de nos doigts forment entre nous un lien,
la peau qui pèle dévoile de l'ossature la cage,
et comme un nouveau né je veux téter ton sein,

et lentement je tourne de tes pensées les pages,
et lentement je serre les moignons de tes mains,
quand avec toi je passe ces heures sans lendemain.


****


Imbrication

Imbrication du ventre et de l'eau.
cette ombre qui désinvolte découd la chair et le sol
pour enfermer le ciel qui meurt
dans le reflet de l'eau si pure.

Ce que tu racontes demeure
ma chèrie le temps qui perdure
nous ramène au seuil où se meurt
le clavier sans dents de la nuit.

A l'aube nous nous retrouvons,
nus et d'un seul frisson
le silex de nos corps allume
l'étincelle de la passion.

Ainsi vague qui ne sera,
pour révéler ce triste augure
donne mais ne soutend
que la margelle où s'est assis

le puits où je suis tombé.


******

La porte



Le passage mène au vide
ce qui jaillit de l'ombre,
l'écho sombre, qui impavide,
ramène au ciel son côté sombre.

Ce que j'ai cru qui, avide,
pose en place de l'écho, l'autre
mélancolie qui rapide
dans l'ire se vautre.

Ecart désolé de recueil
remet en place les calculs
charge de faim, ce triste deuil,
mais sans avoir de recul.

Ainsi, ma chère, cette autre vie
tu ne la vivras que déjà morte,
et ce qui seul nous survit
reste caché derrière la porte.




*****

Portrait d'une crucifixion (à Francis Bacon)


Je ne vois rien de la nuit
le silence m'amenuit
alors que le visage de terre
ploie à l'intérieur du corps.
Il y a cette mesure du temps
qui tend tes deux bras
contre la toile crucifié
tu oses à peine bouger,
tu ne sais si tu es vivant
sauf que de ta bouche s'écoule
un peu de sang,
tes yeux révulsés ne voient
que le néant construit en toi
alors que la poussière qui étouffe
ta bouche et tes poumons
lentement612974373107_0_BG recouvre
les couleurs de la toile.










*******




Anne-Sophie



Il n'y a plus de distance.
De ta peau à la mienne,
de ma chair à la tienne,
nous sommes désintégrés et fondus l'un en l'autre,
la vacuité du silence reste insupportable.
Je me cogne la tête contre la parois invisible
qui nous sépare mais nous est mitoyenne.
Des yeux de fou croisent des yeux de folle,
les plaies s'ouvrent et parlent comme des bouches,
le corps s'ouvre et s'engloutit lui-même,
je perds la raison et je perds la folie,
je te cherche à tâtons mais tu es déjà morte,
je n'ai plus rien d'humain.



******




Anne-Sophie 2




Cercle qui clôt la bouche nue
ce sillage ne convertit
que l'encre bue de nos mots dits
et ce que le silence me suggère.

De l'empreinte de l'ombre sur le sol
il ne reste que l'écorchure
sur ta peau qui saigne couleur
du sang où j'ai trempé mes mains.

Mais je veux peindre avec ta chair
cette toile tendue comme un corps
écartelé entre deux murs
pour réunir fenêtre et vide.

Tu fais du ciel un long miroir
où ton reflet se désagrège
et dont l'horizon en rêveur
j'observe la nuit imaginaire

constellée de mes plaies.



*****



Drap qui recouvre la terre de sang
cette latence me murmure
le sentiment d'être partagé
l'envie de devenir un autre.

Ombre que cloue ta silhouette
au sol de peau qui se déchire
laisse entrevoir ma blessure
puis parle de mon passé.

Le ventre mou de cette esquisse
suppose le dessin de poussière
que fait le vent sur le chemin
où j'ai laissé mon pas errer.

Pour revenir vers le futur
il faut marcher dans les traces
des corps qu'embaume le silence
dans les sillons de ma mémoire.

A l'heure où pleurent les morts
les statues qui soliloquent
ne cessent de faire des commentaires
dans les convulsions de nos rires

Ces oeuvres peintes sur les murs
laissent plier la toile de chair
où les couleurs modifient
les contours des personnages.

Elles murmurent benoîtement
ce que moi-même de moi ignore
c'est à dire le lent saignement
de mIM000547a bouche que je viens de peindre.





*********


La statue


Socle où se pose l'équilibre
qui n'en demeure pas moins chute
là où de statue n'est ce bronze
que pour être chair en devenir.

Ainsi séparé de toi-même
tu regardes intérieurement
ce qui n'en demeure qu'apparence
dans l'espace de qui s'apparente

à un visage qui dévisagé
pour voir derrière ce que cache
le masque de l'intérieur du crâne.
Il n'en tapisse la surface

que pour laisser plier la bouche
d'un rictus dont elle s'est fendue
vieille cicatrice mal recousue
saigne enIM000572 s'égosillant.






**********


La ligne

La ligne de l'horizon
où la maison posée
laisse le soleil
un rayon de côté.

Le chemin qui avance
l'oreille détachée
et qui écoute le pas
qui marque la cadence

quand on s'en va
et que l'on laisse tout
derrière soi
cet oeil refermé

garde comme un trésor
caché au pli d'un drap
quelqu'un qui veille encore
comme un mort.



******

L'envers de la nuit


Arbre d'oubli, l'ombre se cache,
le ciel percé saigne dans mon coeur,
le miroir s'ouvre et devient voile,
le vide s'inverse dans le noir.

Reflet du ciel, une silhouette passe,
l'ombre se crève et devient homme,
ce qui résulte du temps blessé
le feu le lave de sa chaleur,

le corps se lève et devient ombre
sous le soleil couvert de suie
un homme avance sur le chemin
sa forme penche à l'horizon

écorché et dentelé de nuit.
Dans la maison de neige et d'eau
le mur percé par une fenêtre,
où l'ombre passe devient vertige

à l'envers de la nuit.


****


La tête coupée


Sang abominable quand la nuit est de chair
et moi coupé en deux qui ne sait pas aimer
et l'ombre recousue sur moi comme un linceul
le temps peut s'écouler comme un liquide noirâtre.

Ce coeur fait de poussière ne connait que l'oubli
les corps entremêlés deviennent lumineux
la hache qui coupe en deux les morceaux de moi-même
ce cadavre de pluie qui ne sert plus à rien.

La machine qui défait ce que le temps tissa
ce que les deux extrêmes du silence rapprochent
donnent vertigineux un sentiment de chute

au sommet des remparts où j'aperçois mon corps
le vide qui s'y creuse ouvre toute ses blessures
et le feu qui verdoit ne sera plus éteint.


****




Minuit



J'ai traversé la rue en forme d'entonnoir,
les fenêtres ouvertes, les mains dilapidées,
cette silhouette retient le corps de s'écrouler
et dans chaque vitrine se polit un miroir.
Decouvre sans parler le livre des souvenirs,
cette mémoire déformée à l'intérieur de l'eau
où la mort allongée dans un ancien bateau
laisse place au passeur aveugle comme avant.
Il est tard et j'ai mal et mon corps est cassé,
ce qui reste de moi ressemble à un morceau
de métal oxydé par d'incessantes morsures
du temps et dont la nuit a achevé l'usure.
Il est tard et j'ai mal, et je reste aveugle
sur ce lit dont les draps sont cousus à ma peau,
la cendre est dans ma bouche, mes mains
couvertes de sang griffonnent sur les murs
des tableaux indécents.
Il est tard et j'ai mal, qui es tu dans le noir ?
Cette proie qui m'accable se massacre lentement,
le livre resté ouvert où les images s'effacent
laissent dans mon cerveau des blessures qui s'entassent.
Il est tard et j'ai mal, je ne pense plus à toi,
et pourtant dans le noir je ne vois que tes yeux
qui écrasent mon crâne de leur poid de métal.
Il est tard, il est tard...le soleil n'est plus là,
je ne suis qu'une momie bandelée de sa chair,
et où vas tu si tard ? Ne me laisse pas comme ça...
j'ai trop mal, j'ai si mal... alors que tu t'en vas.




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La muse (à Camille)

Librement solitaire quand l’ombre devient ombre,
cet esprit qui errant autour de ces décombres
cherche ces sentiers sombres où sombre le décor
cet acte qui renié ne sait rien du hasard.

On me tranche la main mais mon bras la reprend
ce qui cherche en secret retrouve le jour béant;
dans la rue où s’enfonce un homme souterrain
cette épave qui se meurt et va vers le néant

c’est mon corps massacré par ce que lui refuse
l’audace décidée de vouloir une muse
qui conduise ses pas sur un sol gluant.

Ma tête quitte ce corps qu’on a décapité,
et qui reste debout face au trottoir quitté
à moins que le soleil ne meurt en flamboyant.

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Les poignets tailladés (à Camille)

Sectionne la nuit il ne reste rien que tes bras coupés....
la nuit est pleine de bras coupés,
les entailles aux poignets brandissent le ciel de mort.
Fluidité des marches qui coulent et entrainent mon pas avec elles vers l'oubli,
un gouffre s'ouvre à chaque seconde et chacune d'elles résonne comme le carillon du silence.
Règle de fer qui frappe les doigts un à un, le sexe s'ouvre en deux et laisse voir un crâne,
les yeux exorbités ne savent rien de moi-même,
le disque rayé s'emballe et défait la bobine de ta voix.
Ce que tu ne sais pas te devine,`
et ce que tu ne dis pas te rapproche de moi,
pas à pas sur le chemin de l'inconscient,
tu te rapproches et tu te dissous lentement.
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