La langue
Un chemin passe
le ciel colle au morceau de colline
une main déchire un nuage
qui pend au bas du tableau.
Quelqu’un efface mon regard
laissé dans le paysage
les couleurs se décollent une à une du tableau
les arbres perdent leurs feuilles.
La langue lèche le cadre
où se trouve tendue la toile
des mains en défont les fils
des ongles se cassent sur le mur.
Un clou se plante dans la langue
et la suspend à la place du tableau
elle a beau se tortiller dans tous les sens
elle ne peut plus rien faire.
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Les morts
Mort mental le cierge brûle les ombres glissent sur le sol une main surgit hors du vide et attrape mon bras les tas de corps dans la nuit les charniers peuplent l’horizon le mort se lève et dévisage son fils resté auprès de lui un soleil glisse sur la vitre et brille dans ma mémoire la blessure s’ouvre et laisse passer le sang qui ensemence mon coeur des visages se creusent et leurs rides sont les cicatrices du souvenir ta silhouette fait mentir la chair putréfiée en toi le vent qui chasse les images les laisse reposer sur le papier des tableaux ouvrent les murailles pour laisser passer des personnages qui hantent ceux que nous fûmes avant de naître et d’avoir su que nous pourrions un jour souffrir d’avoir oublié qui nous étions, ces princes, ces philosophes, ces mendiants, ces nains à la mesure des jours qui pensent être le sel de la terre mais ne représentent que des troupeaux d’insectes qui furètent dans tous les sens leurs terriers enterrés vivants dans de vastes cimetières de béton là où le sang coagulé forme des fleuves solides où ne poussent que des fleurs de métal sous les paupières des dormeurs qui voient les yeux fermés tandis que leurs ancêtres crient leur colère aiguë de n’être que des spectres chassés des rêves de ceux qui veulent les oublier pour se délivrer du silence.
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Orifice
Le silence rend plus sombre cette ombre sur mon corps,
le corps qui gît là bas n’est fait que de lumière,
le vent arrache mes mains et les cloue au poteau,
muettement je glisse dans mes habits de nuit.
Dans cette obscurité je ne distingue pas mon ombre
le sang de mes blessures peint le miroir en rouge
la langue qui lèche mon visage l’y efface
et mon œil qui y voit mon rêve mort s’y crève.
Mon cerveau s’est creusé d’un orifice de chair,
l’épiderme des yeux n’est sensible qu’aux brûlures
de cette image qui creuse cet horizon en moi
il ne reste enfin que les brûlures de franges.
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Invisiblement
Ce morceau de terre qui cède selon l’arc qui au Nord touche le rideau, cette main tendue qui plie le morceau de fer en sa paume laisse partir un bout de vent chaud.
L’agrume des mains bâti de soleil ne sait que prendre la pente de sa chute verticale. Tomber au bord du monde n’est pas être mais cesser de produire ce qui donne sens aux choses lorsque tourne la roue qui nous écrase nous devenons multitude de nous-mêmes à peine nés avec la soif du cercle qui se mord la queue sans se connaître ni s’arracher de vertèbres. Ainsi le sens de soi devient litige de la corde qui nous agrippe et nous entraîne dans le vide du ciel et de l’espace moribond, là où les hommes ressemblent à des fantômes de papier faits de la chair du temps et où leurs muscles froissés ne leur permettent même plus de rêver à voix haute sans se blesser invisiblement.
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reflet
Le temps de défaire l’instant
du noeud de la corde du cou
retenir ensemble tête et corps
comme l’horizon à son arc bouté,
la flêche décoché du coup d’oeil
perce la cible de l’inconscience
de n’être né que de l’oubli
comme mon image
flotte à la surface
de l’eau d’où sort un rêve ému
ce qui clot cette marche à suivre
toi à l’envers de toi
reprise aussitôt
relachée je te retiens
à portée de mon regard
comme un miroir vainc son reflet.
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Les yeux aveugles
Rien, le carcan des mots et la faim de métal, la peau plus épaisse que l’air, le sol pousse sous mes pieds, le cercle fait de poussière qui absorbe mes pensées, le temps coule dans mes veines, chaque seconde est une goutte de sang, et le regard qui accroche le tableau sur le mur ouvre les parois invisibles et grêlées dans la solitude immense du dessin un personnage issu de moi me regarde avec des yeux d’aveugles.
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La pièce unique
La pièce imparfaite où la nuit est logée, forme cubique du vent lourd, le silence désossé de ses mots râle tout bas, le cadavre embaumé par mon corps de mon père, les mots s’écrivent tout seuls sur le papier des rêves, le ciel teinté de noir est trempé dans l’oubli, la marche à l’envers des morts ne mène nulle part et le silence des yeux n’avait rien de fortuit.
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Le ballon
Seuil, amer ventre qui nourrit la chair, le silence amputé de l’ombre ne laisse aucun reflet s’étendre sur la surface du miroir, là, où la silhouette du mort traverse les espaces engourdis, à la charnière de nos deux corps les nerfs tendus se disloquent et le crâne vissé au cou se détache comme un ballon pour s’élever dans l’espace vide où se construit son seul mouvement, sans couleur et sans bruit, comme un rêve qui, muettement, s’attacherait à sa destruction.
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Vision cherche sans donner à l’enfant amputé de l’utérus ce cordon ombilical qui y arrache sa silhouette anonyme là où putréfié le visage déformé de douleur laisse parler une bouche née presque de la parole qui s’arrache à la langue quand son gosier s’écarte et laisse sortir un visage ou bien serait ce l’image même de sa naissance atrophiée qui le torture l’aube grise où déjà détruit par le feu il n’est encore pas vrai mais conçu à la charnière vissée de ses membres boursouflés par la folie.
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Le Rêve
Tout ce qui vient au monde
et les arbres plus grands
le ciel qui retombe
où tout parait vivant
s’alignent les tombes
le soleil passe la main
par la fenêtre
et prend
une feuille de papier
et dessine
le paysage incroyable du sommeil
au bord de l’eau
un rêve qui fond
s’écoule dans le ruisseau
au bord de l’horizon.
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Obscurité
Le corps est à midi
le ciel dans la cave
et l’ombre qui grandit
cette procession des morts
dans mon crâne
carillonnent les cris
le ciel couvert de suie
et le silence qui dit
à peine ce que l’on pense
du temps qui s’est enfuit
lorsque les flammes dansent
tout au bout de la nuit.
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Ruines
Cette chute à l’envers nous laisse écrus sur le chemin du désir qui traverse la paysage sombre de l’oubli où nous sommes renversés comme autant d’idoles déchues. Sépulture où sommeille le mort qui respire, à l’ombre où l’oeil s’ouvre et voit la mer venir au loin et s’asseoir sur sa tombe, des blocs de marbres brisés s’entassent au fond du décor, les ossements cachés dans l’ossuaire servent de socle à une tête noire et chauve où brille un regard équivoque et troublé par la folie de notre désastre.
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Le sacrifice
main coupée
catafalque
du réel
l’image imprimée
dans ma tête
laisse une trace de sang
sur mon crâne
posé à l’envers
de la table
où se disposent
les objets du sacrifice
auquel j’ai consenti.
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Rêve
Greffe
ou ce qui tient le col
au lasso
la nuque
pliée en deux comme un
morceau de carton
le coude
se repose et soutient
d’un même coup
l’encadrement d’une fenêtre
là où la tête
se balance dans le vide
les yeux exorbités
au bout d’un crochet.
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Le crime
Silence
algue
ou bien parjure
cette obscénité de la nuit
chute dans le puits
du ventre
qui assiège mon délire
mais commet ce crime
que fomente
ma seule pensée.
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Le temps
Ce soleil
atone
posé
calme
sur l’auvent
cette aire
qui reste sinistre
et puis ne sais-je voir
le recul
qui tient la balance
et la leste
au bout d’une phalange
l’équilibre du ciel
il tient avec le vent
noué à ce qui fait
que s’étire le temps.
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Lie
Tantôt
ou bien qui
surnaturel au désir
n’en défasse le nœud
qui joint
les extrêmes qui transfigurent
le point de jonction
de leur chute
ou bien la plaie
ouverte comme une bouche
qui prête à parler
s’abandonne d’abord au rire
ainsi jeté en pâture
ne serait-ce qu’à moi-même
je sus
dès le premier instant
ou regard
la lie
déposée tout au fond
et qui tout définirait.
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Les morts-vivants
Rêve porté vers l'au-delà dans les charniers d'enfants mort-nés, le temps s'asperge d'urine et se lève hors des latrines de mon cerveau, buste décapité qui vocifère à tue-tête des braillements de nourrissons, à pleines mains je prends mes tripes et les pose devant moi j'y vois des images brouillées des morts-vivants qui me côtoient.
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Le cadavre
Le cadavre démembré ressemble à celui hirsute qui tremble sur les créneaux qui se disloquent en nous-mêmes, le silence qui tombe en miettes grêlé de trous comme une bouche édentée se peuple de nos pensées qui tiennent dans une cage comme un essaim d'insectes fous, cercueil aux mailles tressées par le temps.
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Hystérie
Hystérie qui sort de l'os donne à manger aux fous l'insanité d'être sans crâne, mandibules de seul insecte, l'oesophage de ma pensée donne un sens inverse au rythme dans l'étranglement d'une secousse quand tombe le seuil qu'on doit franchir, le ciel se déchire et le visage que l'on a cru voir lentement est décomposé.
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Hydre
Etre de l'hydre qui s'ignore alors que brûlent toutes ses têtes, l'emprise de la peau sur le corps étouffe la mémoire sanglante, le silence récalcitrant arrache ma langue avec ses dents et la mâche consciencieusement, une tête coupée qui soliloque me regarde droit dans les yeux, et une à une je sens pousser sur ma figure autant de cloques qui vont bientôt éclater.
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Le cimetière

Le cri atrophié des loups
ne blesse que le silence
dans cette lande la corde
au cou mon corps
lentement se balance
une ombre remue tout
à coup et sur le chemin qui
serpente un cadavre
traîné par la manche
bave un sang noir
comme de l'encre
le ciel est rouge
et sous la terre
un macchabée se déhanche
l'os à travers sa paupière
déchire sa peau et laisse
poindre un morceau de son cerveau.
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Le temps
Silence de l'oubli
cette ombre décalquée sur la lumière
la vitre où le reflet dévie de son chemin
laisse une traîne
de nuit
là où s'agitent les mains
lorsque ne reste que le corps
enfoui en lui-même
un visage sort de ma tête
comme un masque de peau
collé à mêmes mes os
où brûlent les images
issues du temps qui meurt.
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